Paolo, la présence de l'absent

Aux éditions Desclée De Brouwer - Page de présentation du livre : Paolo, la présence de l'absent

 

René Guitton (Auteur)

Depuis juillet 2013, on est sans nouvelles du prêtre jésuite italien Paolo Dall'Oglio, qui a réhabilité dans les années 1980 le monastère Mar Moussa al-Habachi, dans le désert syrien, pour en faire un haut lieu d'hospitalité et de dialogue.

Opposant résolu à Bachar al-Assad, le père Paolo n'a cessé de plaider, aux côtés des révolutionnaires, pour une « Syrie libre ». Expulsé de son pays d'adoption en 2012, il y retourne clandestinement au bout d'un an. Il est enlevé peu de temps après à Rakka dans des circonstances troubles. Est-il retenu dans les prisons du pouvoir ou dans celles de Daech ? Le mystère autour de sa disparition reste entier.

Pris entre les sentiments confus de révolte, de découragement et d'espoir, René Guitton rend ici hommage à un ami très cher, mais aussi, à travers lui, à ceux qui hurlent en silence leurs souffrances, leurs douleurs physiques et morales, et leur rage devant les irrémédiables destructions d'un des berceaux les plus importants de l'humanité.

 René Guitton, essayiste engagé et romancier, est l'auteur de nombreux ouvrages, essais, documents et romans, parmi lesquels Ces chrétiens qu'on assassine ou encore le Dictionnaire amoureux de l'Orient.

Extrait :

"Avant tout, je tiens à l’affirmer bien haut ; je veux te considérer vivant, Paolo, bien vivant, extrêmement vivant, tel que je t’ai toujours connu, puissant, en pleine force, dans tes méditations comme dans tes utopies. Tu as disparu du côté de l’Euphrate, vers Rakka. Disparu… Depuis, aucune preuve de ta vie ne nous est parvenue, ni aucune preuve de ta mort. Rien ne dit que tu n’es plus. À croire ou ne pas croire, je préfère prendre le pari que tu es, tel que tu étais, souleveur de montagne et montagne toi-même, immense, bâti en gladiateur.

Fort de ton charisme spirituel et social, fier de ta naissance romaine à la verve généreuse, tu portais haut le Verbe et tonitruais tes vérités, prêt à braver tous les dangers pour le triomphe de tes convictions. Le ciel avait inscrit ta vocation de manière congénitale : dialogue, partage, fraternité, défense des opprimés, foi et humanisme… autant de singularités que certains jugent aujourd’hui d’un autre temps, voire dépassées. Tu soutenais les malheureux d’un simple regard, mais d’un regard qui parlait haut lui aussi quand les circonstances t’interdisaient de prendre la parole.

Après des années d’amitié, nous nous sommes retrouvés à Paris au pied du Panthéon, ce vendredi 15 mars 2013, pour manifester notre union avec le peuple de Syrie qui voulait croire au Printemps. Nous étions arrivés sur la place parmi les premiers, impatients de proclamer notre absolu, notre attachement à la cause des tyrannisés. Nous venions répondre à l’appel émouvant de ce chœur syrien si peu perçu en Occident. Nous voulions arracher le bâillon que Bachar al-Assad s’acharne à coller sur la bouche de ses compatriotes, et clamer notre solidarité avec les victimes de ses exactions.

La « vague blanche pour la Syrie » avait réuni peu de monde sur l’esplanade. Veille de week-end peut-être, à moins que ce ne fût la lassitude des luttes vaines. D’autres villes de France avaient lancé le même appel, comme, à l’étranger, Bruxelles, Dakar, Genève, Londres, New York, Washington… Dans l’attente du flot espéré, tu ne peux l’avoir oublié, nous avons évoqué nos révoltes communes, nos illusions et nos errances qui souvent, trop souvent, ont pâti de nos cœurs ambulants. Nous éprouvions le besoin viscéral de raviver nos mémoires, de nous rappeler les bons et mauvais moments. Nous étions là aussi pour réinventer les images et partager avec les autres révoltés des couleurs, des parfums, de la chaleur, du sable, de la musique, des chants, des langages, des traditions, pour prodiguer la vie qui confère à cette région du monde, malgré son extraordinaire diversité, une unité profonde, impalpable parfois, presque immatérielle. Une unité qui peut paraître paradoxale à ceux qui ne l’ont jamais perçue..."

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